Photo : La veille du depart en rade d'Anvers, le 15 août 1897 (collection MRA - E4930)
A la fin du 19e siècle, le Pôle Sud et les
régions australes restent mystérieuses, bien que depuis le début du
XVIIe siècle, soit, une période de 300 ans, de nombreux marins tentèrent
l’aventure au nom de la
science, du commerce ou pour agrandir les territoires de leurs souverains
respectifs. Terra Australis
Incognita fascinait tout ceux qui espéraient en tirer quelques
profits. C’est ainsi que Hollandais, Anglais, Français et Américains
se lancèrent vers ce Sud mythique. Les expéditions furent meurtrières,
les tempêtes, les vents contraires décimaient les équipages déjà minés
par le scorbut et les travaux pénibles indispensables sur les voiliers.
Mais ces précurseurs découvrirent pour nous des îles que nous
connaissons sous le nom de Falkland (Malouines), Sandwich, Orcades du Sud
et bien d’autres.
Le 16 août 1897, la Belgica, un navire gréé en
trois-mâts barque avec huniers en rouleaux, et une machine de 35 chevaux
vapeurs quitte Anvers. Son commandant Adrien de Gerlache de Gommery, né
à Hasselt, a 31 ans, son commandant en second Georges Lecointe, né à
Anvers, a 28 ans, les autres membres de l’état-major ne sont pas plus
âgés. Il faut des hommes jeunes pour oser entreprendre une telle
aventure. Car c’est l’Aventure avec un grand « A » qui
attend ces marins.
Préparatifs
Dès 1891, alors âgé de 25 ans, Adrien de
Gerlache s’était enthousiasmé pour l’exploration de ces terres
lointaines. Lentement l’idée fit son chemin et en 1894 son plan était
fait. Restait à le mettre à l’exécution.
Il avait calculé le coût d’une entreprise de cette
envergure au plus juste mais il fallait rassembler la somme, énorme pour
l’époque, de 300.000 francs belges. La Société royale belge de géographie
fut d’un grand secours et bon nombre de donateurs, personnages illustres
dont l’histoire de Belgique a retenu les noms, l’aidèrent dans un
premier temps. Le montant recueilli par la souscription publique n’était
cependant pas suffisant, l’Etat vint à son secours en faisant voter par
les chambres un premier crédit de 100.000 francs belges.
Muni de ce premier viatique il partit pour la Norvège,
afin d’y trouver un navire apte à affronter les glaces. C’est dans ce
pays qu’il trouva la baleinière la « Patria » qui présentait
toutes les qualités requises. Après maints espoirs et déceptions la
« Patria » devint la « Belgica ».
Photo : L'étrave du Belgica. (Collection MRA - E4930)
Il faut maintenant adapter le bâtiment en vue d’une
expédition scientifique qui doit durer deux ans. Renforcement de la
coque, chargement des instruments scientifiques, des vivres, du charbon,
des explosifs, médicaments,
vêtements, rien ne peut être laissé au hasard, des vies humaines sont
en jeu.
L’état major est composé de 11 membres de six
nationalités différentes y compris les deux commandants, tous hommes de
valeur. Parmi eux le célèbre Roald Amundsen qui entreprendra plus tard
d’autres expéditions vers l’Antarctique.
Il n’en va pas de même des matelots. Adrien de
Gerlache n’était pas parvenu à obtenir un rôle d’équipage (acte
liant les matelots et les soumettant à un code disciplinaire). Ces hommes
lui donnèrent bien du souci et plusieurs furent débarqués pour mauvaise
conduite.
D’Anvers à Punta Arenas
Enfin tout est paré, la « Belgica » peut
prendre la mer. C’est sous les vivats de la foule massée sur les quais
d’Anvers et d’un grand nombre de personnalités que l’ancre est levée,
nous sommes le 16 août 1898. Le navire est escorté par des yachts, et de
plusieurs petits navires. Le cuirassé « Kortenaar » de S.M.
la Reine des Pays-Bas tient également a venir saluer nos héros.
La joie du départ est de courte durée, une avarie les
oblige de rejoindre Ostende l’oreille basse. Les réparations prennent 7
jours et le 22 août la « Belgica » entame réellement son
voyage.
Première escale le 11 septembre : Funchal dans
l’île de Madère.
Ensuite c’est la traversée monotone de
l’Atlantique, rompue le 6 octobre par le passage de l’Equateur qui
donne lieu aux traditionnelles réjouissances en l’honneur de Neptune.
L’hémisphère austral accueille les navigateurs.
Deuxième escale le 22 octobre : Rio de Janeiro,
le médecin Cook monte à bord.
Troisième escale le 11 novembre : Monte Video.
Dans chacune de ces trois villes la colonie belge, les
consuls et ministres en place viennent saluer les explorateurs. Pour ces
exilés, voir le pavillon belge flotter au mât est un bonheur. On en
profite également pour faire provision
de vivres frais, et d’eau.
29 novembre, cinq heures du matin, le trois-mâts
arrive au détroit de Magellan.